Pascal TURBIL :
Le terme de spa a fait officiellement son entrée
(en 2004) dans le dictionnaire Larousse. Comment interprétez-vous
cette évolution ?
Erwan MADEC :
On peut parler de l’affirmation d’un concept
qui dépasse dorénavant le stade de l’anglicisme.
Mais quelle en est sa définition ?
En anglais le terme spa signifie à la fois l’appareil
d’hydromassage que nous appelons en France le Jacuzzi,
et l’établissement haut de gamme proposant
des soins esthétiques ou orientés vers le
bien-être. Dans ces lieux de ressourcement, sont dispensés
des soins d’hydrothérapie en eau douce, des
soins esthétiques du visage et du corps, des massages
et différentes méthodes de relaxation et de
détente.
Ces nouveaux centres confirment leur développement
en France, les premiers d’entre eux étant apparus
au début des années 90.
P.T. : Son
succès médiatique actuel marque-t-il un effet
de mode passager ?
E.M. : L’affirmation
tardive du spa en France signifie-t-elle à terme
la mutation de l’institut de beauté qui évolue
vers une approche plus globale de la notion de soin corporel
?
P.T. : L’ère
du spa signifie-t-elle plutôt la réémergence
des centres de balnéothérapie de luxe à
travers l’affirmation d’une vision et d’une
méthode particulière des soins corporels et
de la remise en forme inspirée de l’art de
vivre anglo-saxon ?
E.M. : Ces
trois questions sont légitimes et reflètent
chacune une parcelle de vérité. Ce qui est
sûr, c’est que la thématique du spa bouleverse
la vision traditionnelle de la remise en forme et que les
anciens repères du secteur de la remise en forme
sont mis à mal : le programme de soin devient un
rituel, le curiste devient l’hôte ou le séjournant,
et les méthodes de soins proposées peuvent
être très originales et ne connaissent plus
de frontière. Le spa implique également une
notion d’excellence et donc de positionnement haut
de gamme afin d’être en mesure de faire face
à une exigence de prise en charge croissante d’un
public de plus en plus informé et averti.
P.T. : Existe-t-il
vraiment une complémentarité entre la Thalassothérapie,
le spa et la balnéothérapie, trois secteurs
pour lesquels vous oeuvrez ?
E.M. : Pour
répondre à cette question, il faut à
mon sens distinguer les trois concepts, identifier leur
approche marketing respective et connaître leur positionnement
concurrentiel.
Les trois concepts sont, a priori, complémentaires.
Ces trois activités sont complémentaires dans
le sens où leur objectif est commun : le soin du
corps et le ressourcement. Elles sont toutes trois principalement
axées sur le mieux-être et la remise en forme.
Elles prennent également toutes trois leur origine
dans l’hydrothérapie qui se définit
par une activité de soins par l’eau.
|
¬
La balnéothérapie se résume
par l’uti-lisation méthodique des bains
et utilise de l’eau de ville ou de l’eau
de source.
¬ La thalassothérapie
consiste en l’utilisation de l’eau de mer
et de ses produits dérivés pour des soins
de remise en forme, de prévention et de traitement
de certains maux de société ou d’affections
bénignes.
¬ Le spa
propose des soins de bien-être et de ressourcement
et intègre des soins de balnéothérapie
dans ses rituels de soins.
Mais les positionnements sont globalement concurrentiels… |
P.T.
: La balnéothérapie tire son
origine de la rééducation fonctionnelle en
milieu aquatique, c’est-à-dire utilisant une
piscine. Nombre de médecins et de kinésithérapeutes
ont utilisé et utilisent encore ces vertus. Cependant
celle-ci a évolué - à l’instar
de la thalassothérapie et plus récemment d’une
partie du thermalisme - vers une approche touristique axée
sur le bien-être et la remise en forme.
E.M. : Nombre
d’hôtels et de complexes touristiques intègrent
maintenant dans leur offre des infrastructures de soins,
généralement de petite surface, portant l’appellation
balnéothérapie. Il s’agit généralement
d’une approche ludique ou de détente. Les équipements
que l’on y retrouve sont généralement
une piscine, un hammam, un sauna et une salle de fitness.
P.T. : Le
spa est une activité récente en France et
doit conquérir son positionnement et sa reconnaissance.
E.M. : Lorsque
le spa se situe en milieu urbain et propose des prestations
à la journée, sans hébergement, on
parle de « Day spa ». Il se positionne alors
généralement comme un centre de soins de beauté
haut de gamme intégrant des prestations de balnéothérapie
et des activités de ressourcement, notamment des
massages.
Lorsque le spa est intégré à une structure
hôtelière, et propose des prestations allant
du week-end à la semaine et intégrant de l’hébergement,
on parle alors de « Resort Spa»
Le « Resort Spa » se positionne, en revanche,
comme un concurrent direct des centres de thalassothérapie
et reste très voisin dans son mode d’organisation
et dans la palette de soins proposés. Son offre se
situe dans le segment de la clientèle visée
par la thalassothérapie et le thermalisme non médical.
Le fait qu’il fonctionne avec de l’eau douce
l’affranchit des contraintes de positionnement. Il
peut donc être installé indifféremment
en ville, en zone rurale ou sur des sites touristiques remarquables
comme les golfs ou les stations de montagne, on parlera
alors de « Destination Spa ».
Fait plus inquiétant pour la thalassothérapie,
le spa peut prétendre s’intégrer également
sur des établissements touristiques positionnés
sur le littoral mais ayant décidé de minimiser
leur budget d’investissement par rapport à
celui d’une thalassothérapie, du fait de l’utilisation
de l’eau douce.
P.T. : Le
spa intégré à l’hôtellerie
de luxe se développe fortement dans les grandes métropoles
européennes et Paris ne fait pas exception. Les structures
sont de taille modeste, mais proposent des prestations très
qualitatives, à l’instar des enseignes de prestige
qu’ils défendent.
E.M. : Les
programmes de soin des spas se densifient mais se cantonnent
pour l’instant en France dans le domaine de l’esthétique,
du bien-être et de la remise en forme.
Les soins dispensés dans un spa sont de très
grande qualité et les durées de soins s’allongent
considérablement. Le sens du détail et la
précision dans le déroulement du soin sont
également primordiaux.
On parle de « rituel » dans certains cas. L’ambiance
du lieu, servie par la lumière et la décoration,
devient fondamentale, car elle renforce la qualité
de l’accueil et transcende la perception sensorielle
du soin dispensé.
La dimension psychologique ne doit pas être oubliée
dans ce qui doit être un lieu d’exception. Tout
y est fait pour magnifier l’invitation au rêve
et au voyage et rompre avec la banalité et la grisaille
du quotidien. C’est la raison pour laquelle les créateurs
puisent dans des références culturelles diverses
inspirées de l’orient et de l’extrême-orient.
P.T. : Et
le positionnement concurrentiel de la thalassothérapie
?
E.M. : Face
à ce qui peut apparaître comme une nouvelle
concurrence, la thalassothérapie garde l’avantage
de sa spécificité, liée à l’utilisation
de l’eau de mer, et son caractère balnéaire
du fait d’une implantation obligatoirement littorale.
De plus, le concept a fait ses preuves : après une
période de turbulence suivie d’un assainissement
du marché, le métier connaît une stabilisation
de sa progression en France et arrive à maturité.
Si son image de sérieux n’est plus à
démontrer, la thalassothérapie française
doit faire face à une nouvelle offre concurrentielle
du spa qui émerge récemment en France. Afin
de s’ajuster aux nouvelles prestations proposées
par le spa, et bien souvent venues de l’étranger,
la thalassothérapie procède à la modernisation
de ses équipements, au redéploiement de ses
méthodes de soin (durée des soins, protocoles
plus élaborés), à une révision
de la décoration et de l’ambiance générale
proposée aux curistes. Elle s’ajuste également
par la qualité de son réceptif et accentue
la prise en charge de ses clients. Elle sait que c’est
à ce prix seulement - doublé de l’affirmation
de sa spécificité paramédicale - qu’elle
ne subira pas un vieillissement d’image nuisible à
son positionnement concurrentiel.
Paradoxalement, hors de nos frontières, la thalassothérapie
part à la conquête de l’étranger.
Le succès de cette activité en France engendre
une véritable dynamique de développement sur
le plan international. Cela nécessite évidemment
un ajustement de la méthode française aux
réalités touristiques des pays considérés,
mais la thalassothérapie se développe fortement
sur le pourtour méditerranéen, pays du Maghreb,
Grèce, Espagne, Portugal. Ce développement
des centres de thalassothérapie à l’étranger
témoigne de l’intérêt des investisseurs
pour une activité certes capitalistique mais qui
garde une forte identité ainsi qu’ une image
de qualité et constitue une valorisation certaine
pour les investissements touristiques réalisés,
notamment hôteliers.
P.T. : Quelle
distinction établissez-vous entre balnéothérapie
et spa ?
À quel principe la clientèle française
vous semble-t-elle la plus réceptive ?
E.M. : Nous
avons dit que selon nous les concepts étaient très
voisins. Nous pouvons cependant considérer que leur
positionnement est différent et peut apparaître
franchement concurrentiel sur certains secteurs. Le concept
originel de la balnéothérapie revêt
une dimension plus thérapeutique à l’origine,
mais paradoxalement était aussi devenu un concept
refouloir, du fait de son caractère polyvalent. Dans
l’esprit du grand public, était « balnéothérapique
» ce qui n’était pas« Thermal »
ou « Thalassassothérapique ».
Dès l’origine, le concept de spa a un positionnement
plus esthétique axé sur la remise en forme
et la préservation du capital beauté. Parallèlement
à l’émergence du concept de spa, on
remarque une réaffirmation du concept de balnéothérapie
qui touche le même segment d’opérateurs
: l’hôtellerie de luxe qui intègre rapidement
des unités de soins de ce type pour les proposer
à sa clientèle.
La balnéothérapie « nouvelle génération
» devient une alternative au spa, dont elle n’est
à l’origine qu’un élément.
Cela tient au fait que les concepts sont très voisins
et que leur ligne de démarcation respective n’est
pas claire.
Il nous semble que la clientèle française
s’intéressera fortement aux prestations de
remise en forme de proximité, que celles-ci bénéficient
de l’appellation spa ou balnéothérapie.
Nous avons vu que ces deux concepts étaient très
voisins. Cela explique l’émergence d’un
certain nombre de projets de centres de remise en forme
positionnés en ville. La prédominance d’une
appellation sur l’autre demeure une question de marketing…
Crédit Photo : ERWAN MADEC
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