La gestion sportive au quotidien d'un athlète
de haut niveau après 45 ans

Par Dominique Chauvelier

 

Bientôt la cinquantaine !

Les « pourquoi cours-tu encore ? » ou les « mais tu vas te fatiguer ! » d'une maman qui en sera toujours une, fusent régulièrement. Qu'est-ce qui peut bien pousser un ex-athlète de haut niveau de continuer à participer à des compétitions ?

Est-ce un besoin perpétuel de reconnaissance signe de narcissisme du sportif de haut niveau ou pour les quelques primes à ramasser dans la catégorie vétéran ?
Je me passe de l'avis du psy et de son divan. Vivre ma PASSION sera ma réponse. COURIR est ma vie. J'aime m'entraîner, ressentir encore des sensations de bien-être que me procure mon corps, vieille machine bien huilée que je maîtrise parfaitement…Endorphines diront certains ! J'aime la compétition, sentir mes forces décuplées dès le dossard accroché sur ma poitrine, et tel un vieux baroudeur faire parler des années de pratique « l'expérience » pour compenser ma perte de vitesse.

Le vrai déclin s'est ressenti vers les 43 ans, le port de lunettes fut un premier indicateur ! En vieillissant l'homme s'assèche, la fonte musculaire est irrémédiable. La perte de puissance dans les cuisses se traduit par des foulées plus courtes, moins dynamiques et par conséquence par quelques secondes perdues à chaque kilomètre parcouru pour un même effort donné. Une légère baisse du rythme cardiaque, un moteur diesel, des muscles réfractaires à toute accélération violente sont autant de symptômes à prendre en compte dans la composante de l'entraînement. Je ne peux plus progresser, je le sais !

Mes records seront désormais à vie.
J'essaie seulement de freiner la régression : Comment ? Endurant je suis, endurant je resterai.

A quoi bon entasser les kilomètres à l'entraînement. Un seul long footing par semaine de plus d'une heure, les autres seront de 45' à 50'. Une sortie à vélo si possible les lendemains de compétitions pour éviter de nouveaux traumatismes.

De la musculation légère et dynamique : plusieurs séries de demi squats à 35 kg par ex. répétées régulièrement pour atténuer cette fonte musculaire. Abdominaux et étirements obligatoires pour essayer de garder un semblant de souplesse.

Accélérations sur pelouse sur des longueurs de terrain de foot pour la technique de course et l'amplitude de foulée. Enfin et surtout une séance de qualité hebdomadaire, appelée VMA « vitesse maximale aérobie », travail de fractionné autour d'une piste pour conserver au mieux des capacités cardio-pulmonaires.


Dominique CHAUVELIER
 

PALMARES SPORTIF :
• 4 titres de champion de France de marathon 1981.90.91.93
• Champion de France semi-marathon 1990
• 3ème championnats d'Europe 1990
• Sélectionné Olympique 1992
• 30 sélections Equipe de France : Cross, Route et 1000m

RECORDS PERSONNELS :
• 10km : 28'50 / semi-marathon :1h2'38'' / Marathon : 2h11'24''

Catégorie vétéran :
• Vainqueur Marathons : New-York 96 - Boston 97 - Chicago 97
• Record vétéran: 2h16'35'' Paris 96

LA séance qui me permet d'entretenir au mieux mes qualités pédestres et de damer encore et parfois le pion à quelques jeunes.

Un ou deux jours sans sport permettent à l'organisme d'assimiler les efforts qui lui sont encore demandés. De bonnes nuits de sommeil, une bonne hydratation, une alimentation saine avec apport protéinique pour le reconstituant musculaire. Quelques soins de corps : massage, bains, saunas … mais le principal carburant sera toutefois le mental, l'envie et le savoir profiter de la vie car elle est trop belle.

Le « tu ne fais pas ton âge! » sera le plus beau compliment pour mon ego, merci la course à pied !

Crédit Photo : DOMINIQUE CHAUVELIER